Zazie et JJ Annaud à la rescousse

Bien sûr le téléchargement pirate est amoral. Bien sûr on peut l'assimiler à du vol.

Bien sûr, c’est sûr.

 

Je me souviens du temps de mes études d'informatique. Fin des années 80, début des 90. Entre les salles de travaux pratiques nous échangions des messages d’étudiants, puis entre classes et entre écoles, puis de ville en ville,... Nous nous amusions à faire échanger entre-elles des applications informatiques bringuebalantes. Des heures de tâtonnement pour qu'un "Hello World" passe d'une machine à une autre. C’était le temps où on faisait de l'Internet sans le savoir, sans imaginer l'engouement à venir. Les Bourgeois Gentilhomme de la prose électronique…Sans le public.

Au même temps, des chercheurs novateurs ont inventé "Mosaic" le premier navigateur internet. Il ont créé par la suite Netscape,  dominé le marché au milieu des années 1990, sans pouvoir résister à son concurrent Microsoft. C'était le temps où Bill Gates disait "Internet, ça ne marchera jamais".  Et comme toujours Microsoft a copié les idées des autres. Maintenant nous somme passé dans le temps ou un navigateur, un fureteur, un butineur, un brouteur, un arpenteur, un fouineur s'appelle un "Internet Exploreur".

La révolution Internet était en marche, en France moins vite qu'ailleurs (Pourtant quelques années auparavant nous avions connus la révolution des radios libres, véritable avenir de la culture libre. Et puis la joyeuse médiocrité des émetteurs de quartier a laissé la place au professionnalisme de la nouvelle bande FM, les FunRadio, les Energie … suites de notre cher poste de télévision). C’est ainsi, que même en France Internet devint vite l’Eldorado par lequel la vie idéale allait arriver. Tout le monde allait bénéficier de sa puissance de communication : Le pékinois en relation avec la très grande bibliothèque de Paris. Le Viennois de l’Isère en relation directe avec le MOMA de New York, et bientôt ma tante avec la sœur de ma mère.

On aurait pu donc se demander pour qui tout ce bonheur? Pour vous ? Pas sûr.

Internet, une grande roue brillante de mille feux mais incontrôlable ? Pas grave, elle serait un magnifique canal de distribution ; même « Le » canal de distribution, sans intermédiaire entre l’artiste et les oreilles de son consommateur. Restait à prévoir les accessoires : les formats de fichiers mp3, DivX, des formats pirates ? Pas grave, le bon génie industriel allait les digérer pour se les approprier. Déjà dans l’esprit du grand marketing se préparait le DVD Philips enregistrable, le lecteur MP3 Sony remplaçant du Walkman Sony… Et bien sûr Microsoft préparant la version de Windows pour votre TV de demain, pas loin de votre carte bleue de maintenant. La grande roue est pleine d’inertie, le chanteur chante et les musiciens jouent. Le téléspectateur regarde sa télé et écoute le couple Voulzi/Souchon chez Drucker. Le lendemain, le consommateur se connecte sur Messenger où y’a plus qu’a cliquer ; les meilleures ventes musicales lui sont déjà présentées.

Mais il y eut un couac, du genre grippage pas prévu.

En général la technologie est plus docile. Le prêt du disque vinyl pour la bonne vieille copie cassette s’était transformé, par l’œuvre du « Peer to Peer » de quelques mauvais génies, en un modèle de consommation absolue, celui du hard discount planétaire à prix zéro. Le roi dollars était mort, comme ça, presque en une nuit, le traître. La technologie venait d’échapper à ses maîtres comme le monstre à son créateur. Nous rentrions dans une nouvelle ère.

Alors, d’abord il y eut les directeurs du marketing des maisons de disques pour venir nous parler ; après avoir lancer quelques procès contre des internautes pris au hasard histoire de poser la discussion.  En cuir et RayBan ils sont Rock ces gens là. D’ailleurs il savent parler aux jeunes, un peu comme sur les boîtes de Coca Cola : « Tu ne dois pas copier, c’est pas cool, c’est du vol, on ne peut plus produire les artistes originaux, bla, bla, etc. ». Mais il n’y a pas eu réellement d’arrêt des pratiques, entre le payant et le gratuit les gens ont choisis ; de toute façon les artistes originaux personne n’en veux. Et puis, un peut comme Groucho Marx, ils ne sont pas loin de penser, les gens, que « les producteurs sont toujours ruinés par leur dernière création, mais qu’on en a jamais vu de pauvres, des producteurs ».

Vint donc une première tentative de projet de loi punissant la copie. Nos chers députés, ayant sans doute pris peur que 17 millions d’internautes – donc quasi autant d’électeurs –  soient considérés comme des délinquants, ont repoussé cette loi. Là aussi ce n’était pas prévu. Mauvais lobbying sans doute. Quand la technique part de travers, il est dur de l’arrêter…

Maintenant, comme dans un râle de faiblesse, Zazie et Jean-Jacques Annaud viennent à la télé pour nous culpabiliser : Pirater n’est pas bien, c’est du vol et c’est toujours pas cool. Ils suivent, comme une deuxième vague les premiers qui sont montés au feu, le cuir et les RayBan en moins. Moi, j’aimais bien Jean-Jacques Annaud, tu temps de « La guerre du feu », du temps avant « L’ours ». J’aime bien Zazie aussi ; d’ailleurs je l’ai téléchargée. Mais j’ai vraiment du mal à pleurer. Pour une fois que la machine se dérègle un peu.

Et puis, que tout le monde et les alentours soient rassurés ; ce qui se prépare n’est pas cool. Microsoft Intel et les autres sont déjà prêt à mettre les puces qui vont biens dans les ordinateurs. De celles qui ne font pas des tours de cirque. De celles plutôt qui pistent, authentifient et contrôlent… Pour protéger les artistes originaux faudra bien que tout rentre dans l’ordre.