Juliette et la Coupe du monde

Ma Juliette, du haut de ses six ans, a pleuré à chaudes larmes hier soir. L’équipe de France venait de perdre la coupe du monde, finalement sur un coup de hasard…. Et pourtant, toute l’après midi elle l’avait fabriqué, sa coupe du monde : Deux cornets de carton, une boule colorée au sommet, de la couleur…

 

A la une de l’équipe du lendemain un éditorial aux cris d’orfraies : « Zinédine, savez-vous que le plus difficile ce matin n’est pas d’essayer de comprendre pourquoi les bleus, vos bleus, ont perdu, hier soir une finale de Coupe du monde à leur portée. Mais d’expliquer à des dizaines de millions d’enfants à travers le monde comment vous avez pu vous laisser aller à asséner un coup de tête à Marco Materazzi, à dix minutes de la fin de la prolongation… ».

Ah bon ?!

Depuis des années voilà des matchs où des millions d’enfants voient des joueurs en massacrer d’autres, où l’on en voit d’autres pousser à bout l’adversaire pour le faire basculer sans que quiconque maîtrise quoique ce soit, où l’on voit le même joueur (Ronaldo du Portugal par exemple sur cette Coupe du monde) s’effondrer une fois, plonger deux fois, dix fois, sur un match, sur deux matchs, puis sur trois pour en obtenir le gain… Et on lit toujours dans l’Equipe  que ce joueur est simplement naïf d’utiliser des ficelles grossières alors qu’il est un grand joueur, merveilleux et talentueux, acrobate même. Finalement pardonnable, comme le grand Maradona, lors d’un autre temps, marquant du poing et évoquant par la suite « la main de dieu » ; les médiocres sont toujours prêt à rapprocher ce geste d’une audacieuse hyperbole poétique, du genre : « une Argentine meurtrie par les évènements et soudainement soulagée par l’un de ses fils ». Alors, qu’elle destinée pour l’Irak qui ne joue pas au football ?

Les « instances » du Football instancient  pas grand-chose au nom de l’esprit du sport. Les sponsors prient pour trouver la bonne filière de l’évènement. Les journalistes nous font le coup de l’immoralité même s’il faut au passage prendre en otage nos chers petits. Et l’équipe d’Italie ? Elle est remplie comme une outre du scandale des matchs truqués, bien présente lors de l’évènement pour "oublier des faits troubles et se ressourcer" titrait la presse.

Finalement, peux importe le style, la manière, la façon et les moyens si le spectacle est là. Finalement l’artiste doit se laisser insulter si le spectacle le demande.

Le jour, où je verrai Thibault, quatre ans maintenant, foncer vers un adversaire pour lui asséner un vilain tacle, quitte à le blesser à vie, pour éviter qu’il ne marque un but, Thibault aura droit à une belle raclée. Le jour où je verrai Thibault mettre un coup de tête à un petit con qui l’aura insulté pour gagner un match, je passerai mon chemin; seulement triste. Question de hiérarchie de valeurs, pour le moins.